AU CŒUR DU PLC MUN

Le comité santé sous le feu des projecteurs : droits à la mort et contraception en débat

Le comité santé, animé par les chaires Ethel Fernandez et Dima Dudin, compte vingt-et-un délégués représentant vingt-et-un pays différents qui ont échangé sur deux sujets au cœur des débats internationaux : les droits à la mort et leur application et le droit à la contraception. Le premier sujet, assez nouveau sur la scène mondiale, va poser des questions éthiques à certains pays, qui vont devoir défendre leur point de vue.

Tout comme le second, il a comme enjeu le droit de disposer de son corps et de sa vie : sujet clé et universel. Le droit à la contraception aborde aussi le thème de l’égalité homme / femme, qui est toujours d’actualité malgré les avancées importantes au cours des dernières années.

Les droits à la mort se développent au XXIe siècle et sont multiples : on distingue l’euthanasie active, qui désigne le fait d’abréger intentionnellement les souffrances d’un patient atteint d’une maladie incurable par l’injection d’une substance entrainant la mort. Celle-ci est faite par un médecin ou un tiers ; l’euthanasie passive (ou indirecte), qui a lieu lorsque l’équipe médicale en charge du patient décide de ne pas prendre de mesures pour prolonger sa vie, et qui se traduit par l’administration de médicaments analgésiques ou par le débranchement d’un respirateur ; et enfin l’assistance au suicide (ou suicide médicalement assisté), qui consiste dans le fait de se donner la mort avec l’aide d’une personne qui fournit le moyen médical de le faire. Le produit létal doit toutefois être pris par le patient lui-même, sinon il s’agit d’une euthanasie active. Ce thème représente des enjeux importants car il pose à la fois des questions démographiques, religieuses pour certains états et surtout éthiques. Il touche au droit à disposer de soi-même, donc à la liberté de faire des choix, quant à son corps et à sa vie.

Les délégués vont devoir prendre position (pour, contre ou modéré), afin de mener à bien les débats de cette troisième édition du PLC MUN.
Dans le bloc pro, on retrouve notamment l’Espagne, le Canada et l’Australie ; et la Russie, la Chine, et le Kenya sont les
principaux pays qui vont s’opposer aux droits à la mort et à leur application.
La contraception désigne l’ensemble des moyens visant à éviter une grossesse. On constate que son utilisation progresse dans le monde. Cependant, l’accès à la contraception reste très inégalitaire à la surface du globe, entre pays développés et pays en voie de développement ainsi qu’entre pays plus libéraux et pays plus conservateurs ou au sein d’un même pays, entre espaces ruraux et espaces urbains. De plus, cet accès peut varier en fonction du système et de l’offre sanitaire, de la culture, ou encore de la religion.
Il existe différents types de contraception, certains plus connus que d’autres, qui s’adressent aux deux sexes, femmes comme hommes. Pourtant, malgré les nombreux progrès sociaux, le poids de la contraception repose encore principalement sur les femmes.
En effet, bien que la contraception masculine soit légale depuis 1967, la haute autorité de santé ne décompte que trois méthodes pour les hommes : le préservatif masculin, la vasectomie et le retrait, creusant ainsi des inégalités hommes /femmes.
Pour ce thème, on peut distinguer deux blocs : un bloc pro avec notamment le Royaume-Uni, l’Espagne, le Canada et l’Australie et un bloc contre avec, comme pays principaux, la Russie et la Chine.

Les chaires ont choisi ces thèmes car ils abordent des notions qui les intéressent. L’euthanasie est un sujet très peu évoqué en cours et au sein du lycée ; il permet donc à nos deux chaires du comité santé ainsi qu’ à nos délégués d’en apprendre plus :

« On a pensé que ce sujet serait pertinent car il amène le débat entre les pays membres de l’ONU et même au sein des pays européens ».

De plus, la contraception est un sujet global, qui nous concerne tous. De ce fait, le MUN apparaît comme l’opportunité parfaite pour prendre conscience des enjeux et des difficultés que rencontrent encore de nombreux pays dans le monde à garantir la contraception. « En France, l’accès aux moyens contraceptifs peut nous paraître simple. Ce MUN est donc l’occasion pour les délégués et pour nous mêmes d’enrichir nos connaissances sur ce sujet aux enjeux importants ».

Accusations, paradoxes et menaces diplomatiques

Après la lecture des résolutions de certains pays, les différents délégués ont débattu sur le premier sujet : les droits à la mort et leur application.
Ce qu’il faut retenir de ces débats animés :

La Chine a été accusée de ne pas écouter l’opinion de ses citoyens, tandis que le Tchad, qui n’autorise aucun droit à la mort, a été pointé du doigt pour avoir annoncé qu’il respectait la dignité de ses patients alors que sa solution ne consiste qu’à les accompagner sans leur laisser mettre fin à leurs souffrances et sans respecter leur volonté de mourir. Sa priorité reste l’amélioration des soins palliatifs, comme pour la Russie strictement opposée aux droits à la mort et qui considère que l’accompagnement au suicide n’est autre qu’un encouragement au suicide. L’Espagne, très présente dans les débats, a évoqué le droit à mourir dans la dignité et s’est opposée à la Russie, lorsque cette dernière a indiqué que des soins palliatifs, douloureux pour les patients, étaient préférables à la mort.

La Russie a également défendu son idée et a souligné le fait que les mineurs ne devraient pas avoir la possibilité d’avoir recours à l’euthanasie car ils seraient « trop jeunes pour prendre une telle décision ». De son côté, la délégation du Royaume-Uni a soulevé un point important : l’Iran, qui considère l’euthanasie active comme un crime qui « porte atteinte au don de Dieu », a auparavant condamné à mort des tiers ayant pratiqué l’euthanasie sur leurs patients. Le RU a souligné ce paradoxe, en lui demandant pourquoi ne pas accorder le droit à la mort à ceux qui le désirent mais imposer la peine de mort à ceux qui souhaitent soulager les souffrances des patients.

Lors des débats informels, la délégation des États-Unis a eu recours au chantage envers la délégation de la République Démocratique du Congo. Elle lui a annoncé que les aides humanitaires des États-Unis mais aussi celles de l’Union Européenne seront coupés et que, je cite, « la République Démocratique du Congo coulerait ». Elle a également menacé la délégation de l’Inde de lui couper l’aide humanitaire et d’utiliser l’arme nucléaire. Ces propos inappropriés lui ont valu une motion d’exclusion de la délégation de la République Démocratique du Congo, qui n’a pas été votée par les deux tiers de l’assemblée et dont les effets n’ont donc pas été appliqués, et une motion d’offense de la délégation de l’Inde, suite à laquelle la délégation des États-Unis a dû présenter ses excuses. L’Espagne a, elle aussi, menacé la RDC de couper les aides humanitaires. Suite à ces interventions, la déléguée de l’ONU, a rappelé que l’UNESCO fonctionnait sans ingérence étrangère.

Les délégations ont par la suite créé des alliances en s’appuyant sur le point de vue de leur pays en tentant de ne pas s’éloigner de ce qui aurait pu se faire dans l’Organisation des Nations Unies. Chose surprenante : la Russie et la Chine, qui n’autorisent aucune forme d’euthanasie, n’ont pas prohibé dans leur résolution l’euthanasie passive pour les pays dans lesquels celle-ci est déjà légale, sans la rendre évidemment obligatoire. Avec leurs alliances, les délégations ont rédigé et amendé leur résolution.
Une première résolution dont les auteurs sont l’Espagne, le Canada, les Pays-Bas, l’Australie et l’Inde a été proposée face à une autre résolution, écrite par la Chine, la République Démocratique du Congo, l’Iran, la Russie et à notre plus grande surprise, la Norvège. Suite au vote, les délégués ont adopté la résolution finale : la première résolution, élue avec dix voix, contre cinq pour le second texte.
Ce sujet a donc soulevé plusieurs questions dont celle de la dignité dans la mort.

Inégalités, controverses et tensions géopolitiques

Pour entamer la seconde thématique , certaines résolutions ont étés énoncées, mettant en avant la position de ces pays sur le droit à la contraception.
Ce qu’il faut retenir de ces débats :
Les délégations ont notamment débattu sur l’effondrement du taux de natalité en Russie qui, selon le pays, serait dû à la contraception mais qui, pour d’autres délégations, serait dû à la guerre. Ces délégations s’appuient sur des études inquiétantes sur l’espérance de vie des hommes en âge de travailler en Russie. L’Iran vit aussi une chute démographique due à une politique anti naissances il y a quelques années. Pour remédier à cela, le pays a décidé de minimiser la contraception en la rendant payante, creusant ainsi les inégalités entre riches / pauvres et désignant les femmes comme des « machines à bébé». Toutefois, ce n’est pas le seul état ayant pris ce genre de mesures. En effet, depuis le 1er janvier 2026, la Chine, qui avait jusqu’en 2017 une politique de l’enfant unique, applique une taxe de 13% sur certains moyens de contraception, afin d’augmenter la fécondité et d’améliorer la situation économique.
Durant les débats, il a aussi été question d’inégalités territoriales avec, par exemple, la difficulté que rencontre l’Espagne à fournir des moyens de contraception dans les zones rurales, ou bien la grande disparité que l’on retrouve aux États-Unis quant à l’accessibilité des moyens de contraception dans les différents états.

De plus, les États-Unis ont été pointés du doigt pour avoir menacé les pays occidentaux et voulu détruire un stock de contraceptifs féminins en Europe, en août 2025.
Autre question abordée : les inégalités hommes / femmes face à la contraception.
Contrairement aux hommes qui ne rencontrent pas de difficultés pour se faire stériliser, certaines femmes doivent, quant à elles, attendre plusieurs années avant de pouvoir se faire ligaturer les trompes. Cela a été le cas au Royaume-Uni, comme l’a souligné la délégation du Canada, qui a demandé à la déléguée du Royaume-Uni comment pouvait se justifier cette différence de traitement.
Par ailleurs, certains états ont été accusés de contraindre les femmes à utiliser des moyens de contraception, comme la Chine, où les femmes ouïghours sont forcées de porter un stérilet ou comme les États-Unis, qui ont pratiqué la stérilisation forcée de femmes autochtones dans les années 60 / 70. Il y a aussi eu des cas de stérilisation forcée dans des états plus progressistes comme l’Espagne, où les femmes handicapées ont été obligées de se faire stériliser « pour leur bien-être » jusqu’en 2020, tout comme en Australie, mais cela n’est plus d’actualité, comme l’a souligné la délégation de ce pays qui a qualifié cette pratique « d’erreur du passé ».

Lors des débats informels, des alliances se sont formées et l’Espagne, le Royaume-Uni, le Canada, les Pays-Bas et la République Démocratique du Congo ont rédigé une première résolution tandis que la Chine a écrit une seconde résolution de son côté.
Au cours de ce deuxième sujet, la délégation de la Russie a exprimé sa frustration en mettant en avant que les pays occidentaux, tels que le Canada et le Royaume-Uni, qui se présentent comme les garants de la démocratie et qui incitent tous les pays du monde « sans respect de leur histoire, de leur culture et de leurs valeurs » à se diriger vers une démocratie,
n’appliquent pas leurs propres valeurs dans des débats officiels comme ceux de l’ONU. En effet, ceux-ci n’auraient pas accepté la volonté de la Russie, de la Chine et de l’Iran d’entamer un débat constructif et démocratique avec eux, pour l’écriture des résolutions, et les auraient dénigrés sous prétexte qu’ils sont des pays occidentaux. La Russie a indiqué que ces mêmes pays ne veulent pas entendre parler d’amendements pouvant convenir à l’entièreté des états présents. « Pouvons-nous appeler cela de la démocratie ? » s’est indigné la délégation de la Russie.

De retour en débats formels, la délégation des États-Unis a été exclue des débats durant cinq minutes suite à une troisième motion : une motion d’offense de la délégation de la Chine suite à des discriminations envers la culture chinoise durant les débats informels. A son retour, le délégué des USA s’est ensuite excusé auprès de la déléguée de la Chine.
La Russie a, quant à elle, proposé un amendement pour la première résolution qui « incite néanmoins au respect de la souveraineté de chaque pays ainsi qu’au respect de la culture des valeurs de chaque peuple ». Il a été refusé par les auteurs de cette résolution. Les débats se sont par la suite envenimés et la délégation des Pays-Bas s’est sentie offensée suite à une remarque de la délégation de la Russie sur son manque d’écoute et d’assiduité. Elle a donc lancé une motion d’offense contre la délégation de la Russie, qui a été votée à majorité : la déléguée de la Russie a donc reçu un avertissement.
La première résolution a finalement été élue avec la majorité des voies (11 voix au total), marquant ainsi la fin de cette édition du PLC MUN. Enfin, les chaires ont remercié les délégués pour leur investissement et leur ont distribué un diplôme de participation.

Chloé POUSSIN

BILAN DE L’ÉDITION 2026 – Dignité, inégalités et diplomatie : ce qu’il faut retenir

  • Droits à la mort : un débat éthique et émotionnel, marqué par des positions radicales et des
    paradoxes
  • Droit à la contraception : des inégalités criantes (territoriales, hommes-femmes) et des pratiques
    condamnables (stérilisation forcée).
  • Diplomatie : entre alliances inattendues et tensions (menaces des États-Unis, motions d’offense)